Je pense donc j’oscille

Tous les voyants sont au vert. La santé est là, l’amour aussi. Le trajet parcouru est synonyme de fierté et celui qui se dresse devant nous est grand ouvert. Et soudain cette ouverture semble trop grande. Faut-il partir vers le sud ? Traverser un océan ? Gravir les montagnes ou longer les plages ? Est-ce qu’il faut rentrer pour profiter de la famille et des amis dont le manque se fait déjà sentir, ou est-ce qu’il faut d’abord avoir fait le tour du monde ? Gardons-nous les vélos ou est-il temps d’enfin aménager un minibus ? 

Et ensuite ces moments de honte. Honte d’avoir trop de choix, trop de chance, trop d’argent par rapport à tous les visages et les destins rencontrés. Et honte surtout de cet inconfort, de cette fatigue créée par cet incessant mouvement de balancier.

Alors arrive la construction des projets, comme des bouées jetées dans un océan d’alternatives. L’appel du retour à la terre se fait sentir, comme si du voyage naissait son antithèse. L’envie de voir grandir les plantes, s’enfoncer les racines croit avec les jours qui passent.

Et émerge la curiosité de sentir à l’intérieur de son corps ce qui est peut-être un mal très contemporain, l’incertitude. L’incertitude du bon mode de consommation, du choix du travail bien payé et riche de sens, du bon partenaire, du juste moyen de transport et du bon forfait de téléphone. Bien mangé, bien bougé, bien lire, bien rire et surtout, savoir le mettre en scène et le raconter. Comme si cet univers de libertés étaient tissés des fils invisibles de ce qui est attendu.

Nous sentons poindre une réalisation : impossible de faire juste, tout juste. Impossible d’être cohérent ; à vouloir être végétarien on se retrouve à se goinfrer d’avocat dont les plantations demandeuses en eau font avancer le désert. Il n’y a que la mort qui soit suffisamment absolue pour libérer de cette tension, mais personne n’est jamais revenu pour nous dire s’il n’y avait pas un piège de l’autre côté du rideau. Et les absolus n’ont jamais portés que des fruits pourris, impossibles à partager.

Mais avancer sans référence ne me convient pas, je refuse d’enlever à la réalité sa consistance en me référant à un nihilisme joyeux. Il y a décidément autre chose, un chemin doit exister entre un égocentrisme béat laissant à d’autre le souci des impacts de son comportement et la rigidité moralisatrice fournie par un système total d’explication du monde. Et ce chemin, j’en suis sûr, peut être joyeux.

Il ne reste donc qu’à avancer et à tenter de trouver un autre point de référence, plus interne sans doute, qui permette de trouver son équilibre, en sachant qu’il sera fait de montées et de descentes, d’allers et de retours.

tchobonne Written by:

One Comment

  1. Sandra
    January 5, 2020
    Reply

    Osciller c’est être en mouvement… et le mouvement c’est la vie !! Comme à la voile, moins on bouge plus il est difficile de changer de cap. Les chemins sont tous ouverts ? Alors allez… allez sur le chemin que vous vous créez au quotidien, le bonheur est dans. chaque pas, dans chaque regard, dans chaque instant ! La seule chose qui importe finalement sur cette terre, c’est l’Amour ! L’Amour de soi, l’Amour des autres, l’Amour dans ce que vous faites quoi que vous fassiez! Voyager, ne pas être parfaits, planter des graines que vous regarderez pousser ou que vous offrirez à d’autres…. la vie est courte et seuls les grains de folie permettent de couper la corde qui nous retient prisonniers… prisonniers des normes et des croyances, des extrémismes quels qu’ils soient ! Soyez fous et Amour !

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